Fête
décembre 17, 2006
nom féminin, ensemble de réjouissance organisées par une collectivité ou un particulier.
J’en appelle à tous les hommes de mauvaise volonté. Nous sommes des centaines, peut-être des millions à nous faire chier pour les fêtes. Je tiens à vous rassurer. Vous n’êtes pas les seuls. J’envoye ce message à travers les ondes pour vous déculpabiliser. Vous avez raison. Vous avez le droit, le droit inaliénable de faire la gueule le 24 décembre, le 25, et même de continuer jusqu’au 31. Vous avez le droit de pourrir l’ambiance de ses sacro-saintes retrouvailles familiales. On vous pourrit bien les vacances à vous. Vous qui vouliez partir pour souffler un peu, vous retrouver seul, tranquille, avec une Pina Colada dans la main, et un cigare Cohiba dans l’autre. Et qu’est-ce que vous avez à la place? Un jouet auquel on a oublié de mettre des piles. Et un enfant hystérique et larmoyant qui n’a pas le système cérébral suffisamment développé pour accepter l’idée que l’on ne peut pas aller acheter des alcalines R5 à Minuit passé.
Pour commencer d’où vient ce besoin irrépressible de s’entourer d’enfant le jour de Noël? Ne pouvons-nous pas déguster tranquillement une dinde farcie entre adultes? Je ne suis pas contre l’idée de farcir des dindes de temps en temps, mais doit-on pour cela subir l’incontournable hystérie collective qui caractérisent les réunions de plus de trois personnes de moins de douze ans?
Cette joie enfantine qui dégouline de nos salons illuminés n’est parfois pas sans rappeler les pages les plus sombres de Jean-Paul Sartre.
- L’enfer, c’est les mômes!
Certes, Noël ça s’adresse aux enfants. Il ne viendrait jamais à l’idée d’un père de famille moyen de 45 ans de s’asseoir sur les genoux d’un monsieur déguisé avec une fausse barbe. Mais est-ce que l’on fait nous autant de bruits pour notre fête des Pères? Est-ce que l’on fait nous des listes exhaustives de jouets dont la somme totale dépasse le Produit Intérieur Brut de l’Angola? Non. Nous avons même la décence d’accepter de nos pairs des cadeaux sans valeur pécuniaire. Des créations. Nos enfants, cette année, ne pourraient-ils pas se suffire d’un dessin de Papa? Je veux bien m’efforcer moi, d’apprendre un joli poème et de prendre mes feutres pour griffonner un truc avec des coeurs, si cela me permet de ne pas finir le mois de Décembre à découvert.
Mais non, il n’y a pas de justice en matière de cadeaux. C’est toujours celui qui débourse le plus d’argent qui a les cadeaux les plus nuls. C’est un fait indéniable, que nous avons toujours, nous, piliers de famille, les cadeaux les plus nuls.
Personne ne connaît nos goûts. On ne nous demande rien. Pas même notre taille. Mamie nous offre toujours des pulls, ou trop longs ou trop courts, que nous devons quand même porter pour lui faire plaisir durant tout le repas. Et notre compagne nous offre systématiquement un livre qu’elle a envie de lire elle, ou un CD qu’elle aimerait écouter.
Le déballage de vos cadeaux dure à peu près vingt secondes. Après vous regardez autour de vous. Tout le monde déballe encore. Tout le monde pousse des cris de joie. Vous, vous vous efforcez de sourire.
Il y a parfois quelqu’un qui jette un regard de pitié vers vous. Alors vous lui montrez votre pull. Et il vous dit qu’il est magnifique, même s’il n’y croit pas une seconde. Et vous, votre pull, c’est que vous commencer à l’aimer. C’est ce pull qui vous sauve de l’exil, de l’exclusion familiale. Sans ce pull, vous seriez bon pour l’asile, l’orphelinat. Vous décidez de retourner à la cuisine pour vous resservir une part de bûche glacée. Il n’y a plus que la dégueulasse au beurre. Les mômes ont bouffé tous les Léonidas, il ne reste plus les petites crevettes au chocolat d’Intermarché.
Vous trouvez un fauteuil où vous vous apprêtez à dormir avec une joie mal dissimulée.
Et c’est là, toujours, que l’on tape sur votre épaule pour vous dire:
- Tu veux bien accompagner Mamie à la Messe de Minuit?
Alors, par moins quinze, vous affronterez les frimas de l’hiver, et la conversation assommante de Mamie, et vous essaierez de vous consoler en pensant à Céline, Louis Ferdinand Céline, pas Mamie Céline. Voilà ce qu’il écrivait dans « Bagatelle pour un massacre » : « Plus on est haï, plus on est tranquille… ».
Je crois que je ne suis pas encore assez détesté.